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LE
MONUMENT AUX
MORTS (Sarajevo, Ambassade de France)
Il s'agit d'une autre commande, qui résulte cette fois dun
concours. Avant de parler de celui-là, est-ce que vous participez
à beaucoup de concours ?
Non,
très peu, quand ça me plaît en fait. La plupart des concours
sont sur invitation. On invite plusieurs sculpteurs - pour
le coup nous étions cinq - à concourir, parce quon
sait, dune manière ou dune autre, quils
sont plus ou moins aptes, que ça va bien dans leur direction,
que ça va donc répondre de la manière la plus efficace au
thème du concours.
Pour
moi celui-ci tombait très bien parce que justement, à ce
moment là, je travaillais beaucoup ce thème de la mort :
la mort comme retrait, comme effacement, comme dissolution
des formes.
Ce
qui fait que je nai absolument pas eu à gamberger,
à me forcer ; jétais en plein dedans. On a eu
une réunion dinformation pour quils nous exposent
le cahier des charges, ce quils attendaient de nous :
le thème, lemplacement
Vous aviez des plans ?
Oui,
des plans cotés, des photos, des perspectives dans tous
les sens, cétait très précis. Avec un peu d'entraînement,
cest comme si l'espace était devant vous. Il y avait
quelques impératifs de matières : il fallait que ce
soit solide, naturellement durable ; des impératifs
de hauteur, par rapport à larchitecture.
Jai
pris en compte tout ça mais à la sortie de cette réunion,
je savais déjà quelle sculpture jallais faire. Pour
moi cétait évident : javais cette composition
en croix, lidée des quatre points cardinaux, lidée
aussi de laxis mundi, de poser véritablement
les choses dans la terre, dans lidée dune transcendance.
Je
me suis dit que cétait également une nécessité pour
ces soldats qui étaient tombés là-bas, tombés dans une terre
étrangère et non chez eux. Il fallait, dune certaine
manière, les réinscrire - enfin leur mémoire, leur nom -
dans la terre où ils étaient tombés, qui nétait pas
la leur. Il fallait les épingler, les lier.
Pour
moi, la figure de la " quaternité ",
de laxis mundi, correspondait parfaitement.
Et pour la plastique des figures, cétait exactement
ce que je travaillais : lidée de la mort et du retrait,
cette dissolution.
Les figures ne sont pas dune franche gaieté !
Non,
effectivement, ce nest pas gai, mais en même temps
je ne considère pas que cest triste. Je vois quelque
chose de beaucoup plus intime, intérieur, recueilli. Avec
en plus la manière dont les figures sont faites : on
est confrontés à une apparence des choses, leur surface,
et en même temps on rentre constamment dans la sculpture
avec ces trouées, ces creux. Ce qui fait quil ny
a pas finalement tant de différences que cela entre lextériorité
et lintériorité, en termes matériels. On est constamment
à lintérieur et à lextérieur de la sculpture.
Et ça pour moi, cétait lidée du recueillement,
dune sorte de spiritualité.
Les quatre personnages se tournent vers lextérieur
Ils
se tournent vers lextérieur parce quils sont
là comme des gardiens. Dailleurs le sous-titre de
cette sculpture est " Les gardiens de lespace ".
Ils sont comme des sentinelles, comme des guetteurs, qui
regardent vers lextérieur, qui regardent chacun des
points cardinaux. Ils protègent la mémoire
Les noms
des soldats sont gravés derrière eux.
Cest
comme quatre sentinelles qui garderaient les quatre points
de lhorizon, pour protéger, sauvegarder ce qui est
derrière elles. De la même manière que les soldats étaient
là-bas pour protéger lespace, empêcher les empiètements
de part et dautre. Donc cest finalement ceux
qui étaient les gardiens, à savoir les soldats de lONU,
qui sont à leur tour gardés. Il y a là lidée de réciprocité,
une des idées de base que javais. Mais encore une
fois, ça cest vraiment fait dune manière intuitive
ou instinctuelle. Je me suis même affolé par la suite, métonnant
de ne pas avoir à gamberger davantage pour faire cette sculpture.
Jai même essayé de me forcer à trouver dautres
idées, mais à chaque fois, je revenais toujours à ça. Une
belle histoire !
La technique ici ?
Là
cest très particulier : les sculptures sont donc
en fonte de fer. Comme son nom lindique, ce nest
pas du fer soudé ou travaillé en direct, cest du fer
fondu dans des moules. La technique, cest de réaliser
des modèles en polystyrène expansé
Vous avez donc travaillé aussi ce matériau, par la force
des choses !
Oui,
je lai travaillé, mais dans la direction du fer ;
je pensais fer, je le voyais vraiment : les coulées
de métal, déjà les oxydations. Du métal qui serait tellement
rouillé quil serait troué.
Cela
veut dire que cest un travail de taille des blocs
de polystyrène. Tout ça ne me posait aucun problème, car
cest tout de même une grande partie de ma formation.
Après je suis allé dans une fonderie industrielle, car il
ny a pas de fonderie dart pour le fer. Cétait
une usine énorme.
Il
faut entourer le polystyrène avec du sable réfractaire,
puis on coule le fer en fusion, à 1400 degrés. Le polystyrène
part alors en fumée, il se dissout sous laction de
la chaleur - il fond à 70 degrés, alors vous imaginez, à
1400 degrés
- dautant que sa densité est 4OO
fois plus légère que le fer. Il est chassé par les évents.
Cest dune précision extraordinaire : le
fer, quand il coule, est encore beaucoup plus liquide que
le bronze ; cest vraiment de leau, il va
absolument partout, au centième de millimètre près. Ensuite,
on démoule.
Jai
eu après tout ça un travail de ciselure, pour enlever les
évents, un travail un peu classique de fonderie, plus ensuite
le travail de la patine, avec des oxydes, enfin des acides.
Cest beaucoup de travail ?
Non,
la patine, cest une journée de travail.
Cela doit sentir, il faut se protéger
Oui,
jétais dehors pour faire ça.
Et cest censé soxyder ?
Le
processus doxydation a commencé avec lacide,
mais ça va continuer, comme le fer, ça va évoluer dans le
temps, et ça cest très bien. Sachant que moi, dans
la plastique, je lai déjà fait comme si elle était
cest ce que je disais, ces trouées, ces formes
du retrait, de la dissolution, comme si déjà loxydation
avait commencé depuis très longtemps, comme si elle était
en train de disparaître. Un peu comme des ombres. Et ça
va continuer, ça va prendre très longtemps.
Vous avez eu des retours, avec ce monument ?
Il
y a eu surtout les familles des soldats, parce quelles
navaient pas été consultées. Je les ai rencontrées
le jour de linauguration. Elles ont été très émues
de la manière dont javais rendu compte de ce que javais
ressenti ; ça correspondait tout à fait, non pas à
ce quelles désiraient, mais disons que ça rentrait
bien en résonance avec ce quelles avaient ressenti
elles-mêmes. Parce que cétait une drôle de guerre,
quand même.
Cela a dû être très délicat, de se retrouver devant ces
familles !
Oui,
quand je les ai rencontrées, je ne dis pas que jétais
angoissé, mais jétais un peu ému : je me suis
retrouvé seul, comme ça. Le monument était en voie de réalisation ;
il fallait que je le leur explique, à elles qui étaient
les premières intéressées, et de très loin. Un moment très
beau, très fort
Elles
en ont été tellement contentes quelles vont me commander
une autre sculpture pour Verdun - parce que celle-ci,
elle est à Sarajevo, cest un peu loin, personne ny
va - pour quil y ait sur le sol français une trace
de cette guerre, de la mémoire.
Et vous garderez cette idée dintégration du monument
au sol ?
Oui,
lidée, cest de créer une sorte de sur
du monument, qui soit plus grande, mais qui soit à mettre
en parallèle. Et cest justement lié avec cette histoire
de points cardinaux : mes gardiens, quils soient
à Sarajevo ou à Verdun, regarderont dans la même direction.
Parce que lorsque vous parlez de points cardinaux, vous
voulez dire que ce monument est orienté ?
Oui,
tout à fait, rigoureusement. Et chaque figure est dune
certaine manière individualisée, personnalisée, en fonction
dun point cardinal. Pour moi, la figure de lOrient,
cest quelque chose qui se lève, une sorte de jaillissement,
mais très doux, naturellement. La figure du Nord, cest
au contraire quelque chose de réfrigéré, de figé, comme
la glaciation : le Nord, cest le froid. Tandis
que la figure de lOuest, elle senfonce, elle
est en train de se coucher. La figure du Sud, enfin, de
dos sur la photo, cest le feu : elle est là,
elle flambe, cest vraiment le feu du zénith. Donc
chacune est vraiment personnalisée, dirigée vers le point
cardinal quelle regarde.
Quand a eu lieu linauguration ?
Cétait
il y a deux ans, au printemps 1997.
Vous y êtes allé une seule fois ? Ce nest pas
si loin que ça, en fait.
Non,
mais cétait très dur. A lépoque la guerre venait
de se finir , et les transports étaient encore très aléatoires.
Jai été obligé de revenir par avion militaire parce
que les avions civils ne décollaient pas.
Pour en revenir aux thèmes de vos uvres, en lespèce
vous aviez un cahier des charges, on le disait
Si
vous voulez le thème était imposé, mais après il y avait
quand même une liberté dexécution, toutes sortes de
propositions étaient admissibles, du moment que le thème
était respecté
Le thème de la mort, on en parlait : êtes-vous conscient
que devant vos foules par exemple, comme " Ils nous regardent ", les réactions peuvent
être assez fortes, cela peut choquer ?
Ce
nest pas dans cette optique là que je lai fait.
Pour moi la mort fait partie de la vie, cest une chose
à laquelle je pense très souvent, mais sans terreur, ce
nest pas du tout ça. Cela fait partie de nous, elle
est même constamment présente dans la vie
Le yin et le yang
Oui,
voilà, cest tout à fait ça. A partir du moment où
je ressentais ça fortement, je nai pas à lexprimer.
Alors après, ça dépend évidemment des tournures psychologiques
des spectateurs. Cest toujours pareil, on y voit ce
quon veut. Pour moi, cest une mort qui nest
pas morbide. On peut la voir comme ça, pourquoi pas. Mais
moi je ne lai pas du tout faite dans cet esprit là.
Il sagissait là de réactions isolées
Ce thème
est quand même très présent ?
Jai
fait des dessins, et jai fait quelques sculptures,
en plus de Sarajevo, mais toujours en envisageant la mort
dans son côté plastique, à savoir lidée quon
entre dans le retrait, que les formes rentrent vers lintérieur,
se rétractent. Sans du tout faire une allusion au pourrissement
du cadavre, ce nétait pas encore cette phase. Cétait
plastique, mais plastique dune manière abstraite ;
simplement lidée que lapparence rejoint lessence.
Autrement dit que lextérieur rejoint lintérieur.
Il faut bien voir que lidée de la mort participait
dune manière générale à un des enjeux de mon travail,
à savoir justement le rapport intérieur extérieur.
Cétait une manière de lexprimer, mais il y en
a dautres : ça peut passer par lidée de
la pulsion, qui est toujours sous-tendue par quelque chose
dintérieur, simplement cest quelque chose de
différent : cest alors de lintérieur vers
lextérieur. La mort cest plutôt lextérieur
vers lintérieur. Mais en fait, ça reste dans cette
même problématique là.
Et les batailles ? Avec toute cette violence, elles
font implicitement peut-être aussi penser à la mort ?
Oui,
mais cest vraiment indirect. Pour moi, au contraire,
les batailles, cest vraiment la vie, dans le sens
où cest le mouvement, cest lardeur
Cette violence, cest la violence de la vie. La violence,
pour moi, nest pas un terme négatif
Cest vrai que cest aussi une danse, comme un
ballet
Oui,
tout à fait. La danse, absolument.
Pour en revenir à vos thèmes, on ne parle pas de périodes
avec vous. Ce sont plutôt des thèmes récurrents
Oui,
cest ça. Disons que jai plusieurs thèmes, plusieurs
techniques. En général, jaime bien passer dune
technique à une autre. Japprends souvent des choses
qui ont des résultats plastiques dans une technique, et
jai envie de voir si je ne pourrais pas les traduire,
en faisant naturellement des mutations, dans une autre matière.
Cest vrai que jaime changer de matières. Mais
pour lidée des périodes vous avez raison, cest
beaucoup plus certains thèmes que je travaille à un moment
donné. Je travaille un thème, puis je labandonne,
mais il nest pas du tout exclu que je le reprenne
par la suite parce que ça a évolué.
Est-ce que vous vous imposez certains thèmes ?
Non,
jamais. Cest vraiment comme ça vient. Simplement je
maperçois quil y a toujours une sorte de parenté,
disons, entre les choses. Il marrive aussi dexplorer
un thème que je nai jamais exploré, mais en même temps
il aura souvent des liens avec les précédents. Cest
pour ça que cest plus cyclique que parler dune
évolution. Je ne pourrais absolument pas voir dans quel
sens jévolue.
Est-ce que vous avez en tête tout ce que vous avez fait
?
Non
seulement je lai en tête, mais il y en a beaucoup
dans latelier. Mes archives, en somme. Je les regarde
de temps en temps. Je ne dis pas tout le temps, mais de
temps en temps ; je jette un petit coup dil.
Jaime bien avoir toujours un peu mon bagage en entier
dans ma tête. Par contre il y a un truc que je naime
pas, cest refaire quelque chose que jai déjà
fait. Quand je suis en train de travailler un thème, un
sujet, une direction, je me dis parfois " tiens,
jai déjà fait ça " : je vois donc que
cette direction là doit être travaillée différemment.
Quest-ce que vous avez travaillé le plus ?
Les
batailles, les foules, il y en a eu beaucoup. Les marcheurs.
Il y a eu aussi toute une série de corps féminins.
Une question un peu cliché : Je pense, par exemple,
aux poupées de Hans Bellmer, avec ces corps désarticulés,
qui ne sont dailleurs plus de la sculpture mais de
lassemblage. Sans vous demander ce que vous pensez
de tout ça, est-ce que vous croyez quon peut tout
représenter ?
Je
nai aucun a priori. Cest toujours pareil :
si ça part vraiment dune nécessité, si on y est vraiment,
cest au delà de toute morale, au delà de la simple
représentation.
Oui, à partir du moment, vous le disiez, où cest fait
honnêtement
Voilà.
Par contre si on fait ça dans lidée de choquer, dune
certaine manière, là ça ne va pas. Cest vraiment la
nécessité. Elle est au delà de la morale si on la respecte
vraiment, et si, encore une fois, on est honnête avec soi-même.
Sans du tout porter un jugement sur les autres artistes.
Je ne peux pas être à leur place et savoir ce quils
pensent. Pour moi, il ny a pas de tabous. Cest
vraiment s'il y a un impérieux besoin de voir représenter
ça, parce que je sens que cest ce que jai à
dire, ce quil y a à lintérieur de moi en ce
moment.
Je voudrais que vous me commentiez la phrase de Romain Rolland,
qui est sur la page daccueil du site : " créer,
cest tuer la mort "
Mais
je ne sais pas, quest-ce que vous voulez que je vous
dise ?
Le temps et l'art, le rapport entre les deux
Vous disiez tout à lheure que vous devez être
seul face à une uvre lorsque vous la créez. Cest
bien vous quon retrouve dans ces sculptures, cest
indéniable. Vos uvres vont perdurer, même au delà
de votre mort
Alors
ça, je ne men soucie jamais. Je fais des sculptures
dans des matériaux qui sont nobles, donc pérennisant, mais
ce nest pas pour quils durent. Limportant
cest de sortir de soi quelque chose qui était à lintérieur,
et de lobjectiver, de le mettre à lextérieur,
de se le placer devant soi. Il entre donc nécessairement
dans le temps, cest sûr. Le fait même de le mettre
dans lespace le fait entrer dans le temps ; les
deux sont toujours liés. Mais je ne dirais pas que cest
pour me conserver par delà ma mort. Ça,
je men fiche complètement. Quand je serai mort, mes
sculptures, elles feront ce quelles voudront !
Cela na pour moi aucune importance. Surtout que la
plupart sont dans les mains de particuliers. Les monuments,
cest autre chose. Mais les gens en feront ce quelles
voudront. Pour la question des monuments, et en particulier
celui de Sarajevo, cela me dépasse désormais, ce nest
plus moi. Ce nest pas ma sculpture, cest la
sculpture des gens qui sont là-bas, qui sont restées là-bas.
Elle, il est normal quelle perdure. Mais elle nest
pas signée : vous pourrez toujours tourner autour,
il ny a pas mon nom là-dessus. Il y a les noms de
tous les soldats, mais il ny a pas le mien. Moi, je
ne suis plus en cause là dedans.
Vous avez été simplement le vecteur
Voilà,
comme vous dites, jai été le médium, le vecteur, de
la nécessité quil y ait une mémoire de ces gens là.
Jai le souvenir dune de vos phrases, concernant
les rapports de la sculpture et de la peinture : vous
parliez de présentation - représentation
Oui.
On va parler de choses évidentes. La sculpture et la peinture
sont deux choses plastiques, mais qui ont un support différent :
lune sur le plan, lautre dans un espace, qui
apparemment est le même que celui dans lequel on se meut.
Pour la peinture, cest, nécessairement, quelque soit
la peinture quon va faire, le passage au plan bidimensionnel,
donc le passage à labstraction. Parce que même si
on représente des choses de la réalité, comme on est dans
le plan, on est dans un espace autre. Il y a sorte de distance
qui se fait naturellement, par le fait que le support soit
plan.
Pour
la sculpture, cest beaucoup plus délicat, cette question
là, puisque, apparemment, la sculpture se joue dans le même
espace. La sculpture est toujours - avant presque même dêtre
un objet dart, ou en même temps quelle est un
objet dart - un objet. Donc on a limpression
que lespace quelle offre est du même ordre que
lespace de la vie courante. Mais ce serait oublier
quelle est aussi un objet dart.
Donc
ça veut dire que dun côté, on a cette sorte de, je
dirais presque, de confiance dans lobjet, puisquil
est du même ressort, du même espace que nous ; on a
cette sorte de familiarité : on peut par exemple toucher
la sculpture, on sent quelle a un poids, quelle
existe, un peu dans le même ordre didée que nous.
Mais de lautre côté, si elle est vraiment un art,
cest quelle ouvre un autre espace. Cela fait
comme un effet de tremplin. Cet espace, qui a lair
du même type que le nôtre, en fait, est complètement autre.
Mais justement, parce quil a lair dêtre
le même, et quen fait il est complètement autre, il
y a une sorte dabîme qui se crée à lintérieur,
à mon sens beaucoup plus que pour la peinture, puisque la
peinture soffre dores et déjà comme, de toutes
façons, un espace autre.
En fait, vous prenez la main du spectateur
Voilà.
Un espace similaire ouvre à quelque chose de complètement
différent. Parce que lespace de la sculpture na
rien à voir avec lespace réel. Par exemple, si on
peut parler dun espace du mouvement, dun espace
hiératique, alors que ça se joue dans quelque chose de fixe
par définition la sculpture est fixe, sauf exception,
mais moi je ne travaille pas ça - mes sculptures sont fixes
et pourtant elles suggèrent un mouvement. On voit bien quil
se passe quelque chose dautre. De même, une sculpture
hiératique, basée sur quelque chose de vertical, faisant
appel à une transcendance, on voit bien quelle ouvre
un espace qui, sans elle, naurait pas pu être ouvert.
Cest comme si elle même proposait quelque chose de
parfaitement inouï. Et cest en cela quon peut
effectivement parler de présentation. La véritable sculpture,
pour moi, ne re-présente jamais : elle ne part jamais
de quelque chose de réel pour le renouveler, le doubler,
éventuellement le copier dans le pire des cas, mais elle
propose quelque chose dautre, comme ça navait
jamais été proposé avant, à savoir dans sa présentation.
Cest comme si la chose qui était là, était réellement
là comme elle navait jamais été, nulle part. Cest
toujours une épiphanie. Luvre dart est
toujours une apparition. A fortiori dans la sculpture puisque
lapparition se joue dans le même monde que le nôtre,
ce qui lui donne un surcroît dêtre, un surcroît dénergie.
Ça
cest fort, ça ! (rires).
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